Oubliez la photo sépia d’une dynastie en tailleur Chanel, main sur le cœur : en 2025, la haute couture a changé de visage. Les familles historiques ont troqué la majorité de leur capital pour une poignée d’actions dans des portefeuilles tentaculaires. Les géants internationaux tiennent désormais les rênes de la création comme de la distribution. Résultat : l’innovation se mêle à la stratégie, et l’expansion se décline à grande échelle.
Des griffes séculaires, longtemps défendues bec et ongles, passent sous la coupe d’investisseurs plus discrets, parfois invisibles, mais pas moins influents. Ce glissement de pouvoir transforme durablement la balance entre finances et création, dessinant un nouveau paysage au seuil de 2025.
Les maisons de haute couture en 2025 : panorama des grands groupes et indépendants
L’année 2025 propulse les grands groupes au centre du jeu dans l’univers de la haute couture. LVMH impose son tempo sur la scène parisienne, rassemblant sous son pavillon des maisons icônes comme Dior et Givenchy, toutes façonnées par des directeurs artistiques qui dictent la tendance. Face à lui, Kering joue sa partition, moins large mais tout aussi marquante, avec Bottega Veneta et l’élégance affirmée de Saint Laurent. Ces mastodontes dictent la cadence, des salons privés de la Rive Droite jusqu’aux projecteurs de la fashion week.
Mais à côté de ces puissances financières, quelques maisons résistent à l’uniformisation. Chanel, toujours sous l’œil vigilant de la famille Wertheimer, cultive l’exception, sans jamais sacrifier l’audace ou le style sur l’autel des marchés. Hermès, fort de sa discrétion, trace une trajectoire singulière, fidèle à la tradition artisanale et à une croissance minutieuse, loin des effets d’annonce. Ces maisons défendent une approche différente du luxe : transmission, excellence, refus du compromis.
Le paysage parisien, en pleine mutation, voit émerger de nouveaux équilibres. Valentino, désormais propriété de Mayhoola for Investments, s’affirme comme force internationale, tissant des liens entre Rome et Paris. Maison Margiela, sous la houlette du groupe OTB, poursuit son jeu d’ombres et de lumière, inclassable, toujours en avance d’une saison. Entre héritage et innovation, finance et création, chaque acteur imprime sa marque : qu’il soit institutionnel ou familial, le propriétaire façonne la personnalité et la trajectoire de sa maison, oscillant entre expansion et défense d’une identité précieuse.
Quels créateurs façonnent les tendances du printemps-été 2025 ?
La saison printemps-été 2025 s’écrit à plusieurs mains, portée par des directeurs artistiques qui n’ont rien perdu de leur audace. Sur les podiums parisiens, Matthieu Blazy impose chez Bottega Veneta une allure qui conjugue matières techniques et cuir tressé, silhouette libre, sensuelle, résolument contemporaine. Jonathan Anderson bouscule les codes chez Loewe : vestiaire épuré, coupes inattendues, touches d’ironie discrète. La mode s’éloigne du spectaculaire, préférant la force d’un détail pensé, la justesse d’une coupe soignée.
À Maison Margiela, John Galliano transforme chaque défilé en drame visuel : déconstruction, narration, théâtralité. Les spectateurs restent suspendus à la moindre silhouette. Glenn Martens (Y/Project, Diesel) ose les volumes, l’asymétrie, les superpositions inattendues, tandis que Kim Jones pour Dior Homme affine un style mêlant classicisme revisité et inspirations urbaines.
Parmi les figures marquantes de la saison, voici quelques signatures qui s’imposent sur les podiums :
- Maria Grazia Chiuri poursuit son exploration de la féminité moderne chez Dior, transformant la broderie en manifeste.
- Hedi Slimane insuffle à Celine une énergie rock, lignes affûtées et références seventies pleinement assumées.
- Pierpaolo Piccioli (Valentino) défend une vision de l’élégance qui fait la part belle à la couleur, entre rêve et modernité.
La fashion week ne se limite plus à la présentation de nouvelles tendances. Elle célèbre la capacité des directeurs artistiques à marquer de leur empreinte la maison de luxe qu’ils incarnent. Paris tient son rang de capitale créative, là où audace et style se confrontent sans relâche.
Jeux d’influence : quand rachats et nominations redessinent le paysage du luxe
Année après année, le groupe LVMH dirigé par Bernard Arnault assoit sa domination sur le secteur du luxe. Chaque rachat, chaque arrivée à la direction artistique se lit comme un rebondissement inattendu. L’acquisition récente de Capri Holdings (Versace, Jimmy Choo, Michael Kors) par le groupe américain Tapestry, pour plusieurs milliards d’euros, annonce une nouvelle étape dans la rivalité entre continents.
De son côté, Kering affine sa stratégie. Le groupe, qui compte Bottega Veneta et Maison Margiela dans son escarcelle, multiplie les annonces, ajuste son organigramme et s’entoure de profils variés. Les directeurs artistiques maisons deviennent de véritables locomotives, à l’image de Sabato De Sarno chez Gucci ou Matthieu Blazy chez Bottega Veneta, capables de provoquer l’engouement et d’assurer la performance annuelle.
Les indépendants, eux, ne se laissent pas dicter la marche à suivre. Prada et Mayhoola for Investments, propriétaire de Valentino, participent activement au jeu, négocient, investissent, refusent de céder aux sirènes des géants. La désignation d’un directeur artistique devient un acte fondateur : il s’agit de donner une direction à la maison de luxe, de construire un récit, d’anticiper la prochaine étape, qu’il s’agisse de la saison froide ou du retour des beaux jours.
Le secteur évolue au rythme des opérations et des nominations. La mode se décide souvent loin des projecteurs, dans les bureaux feutrés où se dessinent les lignes qui bientôt illumineront les podiums.
Printemps-été 2025 : ce que les défilés révèlent sur l’avenir de la haute couture
La fashion week paris du printemps-été 2025 déroule un panorama où les frontières du pouvoir créatif se déplacent. Sur scène, la haute couture s’invente de nouveaux territoires. Les défilés signés Maria Grazia Chiuri pour Dior ou John Galliano pour Maison Margiela s’imposent comme des déclarations d’intention. Les silhouettes, parfois sculptées, parfois flottantes, témoignent de la volonté des maisons de luxe d’affirmer leur différence dans un secteur hyper-concurrentiel.
De Paris à Milan, de Londres à New York, la semaine haute couture fonctionne à la fois comme laboratoire de tendances et comme vitrine des collaborations entre ateliers historiques et nouveaux actionnaires. On se souvient du passage remarqué de Rihanna au premier rang chez Dior, ou de la théâtralité signée Glenn Martens, sans oublier la maîtrise technique de Matthieu Blazy. Le calendrier s’enrichit de rendez-vous satellites où LVMH et Kering affichent leur suprématie, sans jamais éclipser la singularité de maisons comme Valentino ou Hermès.
L’image des collections reflète les choix stratégiques de chaque groupe : chez Chanel, l’héritage s’associe à des prises de risque, tandis que chez Bottega Veneta, l’artisanat rencontre la modernité. Cette saison printemps-été 2025, la haute couture s’impose comme déclaration de force, de vision et de désir renouvelé. Sur les podiums comme dans les coulisses, la bataille du style ne fait que commencer.


