Baubo, la déesse qui a guéri le monde en dévoilant sa vulve

3 août 2026

Baubo, la déesse qui a guéri le monde en dévoilant sa vulve

La mythologie grecque regorge de figures oubliées qui disent pourtant des choses essentielles sur le rapport que les femmes entretiennent avec leur corps. Baubo en est l’une des plus singulières. À la fois servante, clown sacré et figure de réconciliation, elle aurait, selon le mythe, sorti une déesse du désespoir par un geste aussi improbable que libérateur.

Le geste qui a redonné vie à une déesse

L’histoire se déroule à Éleusis. Déméter, inconsolable depuis l’enlèvement de sa fille Perséphone, erre dans un deuil total. Aucune parole ne l’atteint. C’est alors que Baubo, une servante locale, tente quelque chose d’inattendu : elle retrousse sa tunique et dévoile sa vulve. Surprise, la déesse rit. Et c’est ce rire qui la sort enfin de sa torpeur.

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Le récit, relaté notamment par Arnobe dans Adversus Nationes (IVe siècle), précise que Baubo aurait fait prendre à sa vulve épilée la forme d’un visage d’enfant, comme une ventriloque du bas-ventre. Le geste est grotesque, oui. Mais il est aussi profondément symbolique : en montrant cette partie du corps à la déesse de la fertilité, Baubo lui rappelle que la vie continue, que la vulve est promesse d’avenir. Un acte de solidarité féminine autant que de guérison.

Dans la version la plus ancienne du mythe, l’Hymne homérique à Déméter (VIe siècle av. J.-C.), la servante se nomme Iambé, nom qui renvoie à la poésie satirique. Baubo en est le doublet dans d’autres traditions. Son nom, en grec ancien, désigne aussi bien le berceau que le sexe féminin. Une inscription cultuelle retrouvée sur l’île de Naxos, datant du IVe siècle av. J.-C., la cite en quatrième position dans une liste de divinités, juste après Déméter, Coré et Zeus. Pas une simple servante, donc.

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Pour aller plus loin sur la figure de baubo et ce qu’elle dit de l’acceptation du corps féminin, Wengood propose un article complet sur l’art d’aimer sa vulve.

Une vulve sacrée, de la Grèce au Japon

Le geste de Baubo n’est pas isolé. En Égypte, la déesse Hathor montre sa vulve au dieu solaire Rê pour le sortir d’un moment de faiblesse, selon le Papyrus Chester Beatty I. Face à ce spectacle, Rê éclate de rire et retrouve tout son éclat. Au Japon, c’est Ame-no-Uzume qui dévoile son corps devant l’assemblée des dieux, provoquant un fou rire collectif qui ramène la lumière du soleil dans le monde.

Ces récits convergent : partout, la vulve est associée à une force vitale capable de renverser le deuil, la peur ou l’obscurité. Le psychanalyste Georges Devereux, dans son ouvrage Baubo, la vulve mythique, y voit un archétype de l’inconscient humain universel, bien au-delà de la seule Grèce antique.

La matière archéologique vient appuyer cette lecture. En 1898, lors de fouilles dans le temple de Déméter à Priène, en Asie Mineure, des archéologues allemands mettent au jour des statuettes étranges : des femmes dont le visage est inscrit sur le ventre et la vulve occupe la place du menton. Ces figurines, aujourd’hui conservées à Berlin, seraient des représentations de Baubo. D’autres, trouvées en Égypte, auraient servi d’amulettes pour protéger les femmes enceintes. Quelques-unes sont également visibles au musée Rodin à Meudon, et il est possible que le sculpteur s’en soit inspiré pour son Iris, messagère des dieux, où la déesse focalise l’attention sur sa vulve dans une posture comparable.

Baubo, toujours actuelle

Nietzsche cite Baubo dans la préface du Gai Savoir (1886) : « Peut-être la vérité est-elle une femme qui a des raisons de ne pas laisser voir ses raisons ? Peut-être son nom, pour parler grec, est-il Baubô ? » Une manière de faire de la vulve un symbole de profondeur insaisissable plutôt que d’obscénité.

Aujourd’hui, la figure de Baubo continue d’irriguer la culture et même le quotidien. Une marque française de soins intimes s’est fondée sur ce mythe en revendiquant « la force positive de la sexualité féminine et le pouvoir guérisseur de la vulve ». Dans un contexte où les complexes liés à l’anatomie intime sont très répandus et où le nombre de nymphoplasties a fortement progressé en France ces dernières années, redécouvrir Baubo prend un sens concret. Rappeler que la vulve a été célébrée, sculptée, érigée en signe divin dans plusieurs civilisations, c’est aussi offrir un contrepoids culturel aux injonctions esthétiques contemporaines.

La mythologie, parfois, a le don de nommer ce que le présent peine encore à formuler. Si le sujet de la confiance en soi au féminin vous intéresse, vous trouverez d’autres ressources sur beauteenfolie.fr.

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